Grand Contournement de Bordeaux et NDDL: similitudes troublantes, pour une même issue ?

Non au GCAB

On retrouve beaucoup de similitudes entre le projet de Grand Contournement Autoroutier de Bordeaux (GCAB) et celui de l’aéroport de Notre-Dame-Des-Landes (NDDL), deux  projets nuisibles, passéistes, inutiles et coûteux.
On se souvient d’Alain Juppé, embarrassé mais lucide, entérinant l’abandon du projet de Grand Contournement, on peut tout à fait envisager un scénario identique pour Jean-Marc Ayrault, enterrant un projet NDDL injustifiable au regard de ses engagements sur l’austérité.

Il nous a semblé pertinent de faire le parallèle entre les deux projets, qui présentent beaucoup de similitudes, et qui devraient donc aboutir au même résultat avec l’abandon de NDDL.
Pourquoi s’acharner à réaliser des projets inutiles et coûteux qui n’ont pas été décidés sur les bases du monde d’aujourd’hui ?
Il est cohérent de stopper des projets qui n’ont pas été décidés avec les bons critères de choix à l’époque.

1. Un projet hérité du passé
Comme le GCAB construit sur une vision passéiste du tout-camion, le projet NDDL s’appuie sur une décision ancienne et une vision passéiste du tout-kérosène : un projet conçu dans les années 60, pour les années 60 !
Le projet d’aéroport est né d’une initiative de la DATAR (Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale) datant de 1967 dans le cadre de la politique de décentralisation menée à l’époque. Le site de Notre Dame des Landes est également envisagé pour l’accueil des supersoniques Concorde à la fin des années 60…

2. Un impact écologique majeur
Le GCAB avait un impact écologique majeur sur la qualité de l’air, la destruction des sols, et de même  les centaines d’hectares requis pour le nouvel aéroport NDDL sont des zones humides, en tête de deux bassins versants, que leur artificialisation est contraire aux dispositions du SDAGE Loire Bretagne.
Normalement une zone humide détruite doit être compensée par deux hectares construits sur le même bassin versant, or ici toute la zone du projet et ses alentours sont classés en zones humides, NDDL sera donc globalement néfaste à l’environnement et à la santé des nantais.

3. Des arguments très faibles pour justifier le projet
Le GCAB à l’époque essayait de faire croire au désengorgement de la rocade, et présentait au final bien peu de bonnes raisons de pousser une logique tout-camion, à part de permettre à des élus rétrogrades de couper un nouveau ruban.
Pour l’aéroport NDDL il en est de même, les arguments sont faibles :
- nécessité de construire une seconde piste :plusieurs aéroports en Europe (Genève) atteignent un niveau de trafic important avec une seule piste, et pourquoi pas une 2ème piste sur le même aéroport ?
- survol de l’agglomération, sécurité et nuisances sonores : il suffirait de construire une seconde piste mieux orientée, permettant de meilleures trajectoires d’approche, pas besoin de refaire un nouvel aéroport, c’était déjà l’avis de la CCI dans les années 80.
L’actuel aéroport est-il si dangereux ? Non. L’aviation civile le classe en catégorie A. En clair, Nantes-Atlantique ne présente aucune difficulté particulière.
- développement économique : Nantes a déjà bénéficié à plein de sa nouvelle proximité TGV avec Paris, l’aéroport actuel de Nantes Atlantique a reçu le trophée ERA Award 2011-2012 du meilleur aéroport européen, pourquoi en construire un nouveau ?

4. Un projet mauvais pour l’agglomération
- Ce projet de nouvel aéroport est incompatible avec la localisation de l’usine Airbus, un des plus gros employeurs de l’agglomération avec 2300 emplois directs, qui doit forcément être à côté d’une piste d’aéroport, et Airbus n’envisage pas le moins du monde de déménager.
- Le nouvel aéroport provoquerait le déplacement de milliers de personnes résidant au Sud pour travailler désormais au Nord, saturant encore un peu plus le trafic sud-nord le matin et nord-sud le soir.
- globalement, il favorisera le mitage de l’agglomération (comme à Bordeaux) avec donc des conséquences néfastes sur la qualité et la densité des équipements et des réseaux.

5. Un mauvais usage de l’argent public et uns sous-estimation délibérée des coûts
Le projet est  annoncé à 500 millions et le projet de financement est soi-disant bouclé, mais avec énormément d’omissions volontaires :
-infrastructure de transport pour relier l’agglomération au nouvel aéroport, curieusement absente du dossier de financement
- persistance de la piste Airbus, non prévue
- hypothèses exagérément optimistes sur le trafic et les coûts d’exploitation
Au final, le projet devrait dépasser le milliard d’euros, et comme le plus souvent avec les dépassements à la charge des collectivités.
En cette période de soi-disant austérité, ne serait-il pas plus pertinent pour les nantais que l’argent des collectivités locales soit investi sur des projets plus utiles, vu la faible valeur ajoutée de ce nouveau projet ?
C’est de l’austérité à géométrie variable, mais les éoliennes font ça beaucoup mieux :-)

6. Les vraies raisons sont cachées
La vraie raison du déplacement de l’aéroport est le foncier : il s’agit de libérer les hectares de l’aéroport actuel pour gérer l’expansion démographique de l’agglomération.
Mais fait gênant et persistant, on retrouve Vinci à tous les étages dans ce projet.
En effet, qui vient d’obtenir la concession de cinq aéroports de l’Ouest, et aura le droit de construire de nouveaux quartiers sur les terrains libérés par l’ancien aéroport de Nantes Atlantique ? Vinci, bien sûr.
De même pour le GCAB, on retrouvait derrière le projet la puissance des lobbies BTP et Camion, et sans doute un certain aveuglement de la DDE plus désireuse de construire des ouvrages d’art que d’optimiser l’usage de l’argent public.

Pour avoir une idée complète du dossier, consultez l’historique complet et fouillé réalisée par Pierre Deruelle, article complet et extrêmement bien documenté.
Certains extraits de cet article reprennent le contenu rédigé par P. Deruelle.

En synthèse, le projet NDDL doit logiquement subir le même sort que celui du GCAB, et donc s’arrêter, c’est tout simplement du bon sens.
Rémi Moebs, pour le groupe local EELV des Jalles.

5 commentaires pour “Grand Contournement de Bordeaux et NDDL: similitudes troublantes, pour une même issue ?”

  1. Il y a un problème dans la phrase du (2) « Normalement une zone humide détruite doit être compensée par deux hectares construits sur le même bassin versant » : la méthode de compensation classique est le double de la surface détruite, donc la phrase doit être qqch comme « compensée par le double de la surface… » ou « un hectare de zone humide détruite doit être compensé par deux hectares ».

  2. Possible, cette phrase fait partie du contenu repris de l’article de P. Deruelle, je vais vérifier.

  3. EELV doit reprendre sa place motrice en se faisant l’écho, de toutes les luttes écologiques, elle doit avec la société civile et les autres partis politiques représenter une force d’inertie capable de changer le monde et de gagner de plus en plus de luttes!

  4. Peu importe la façon dont c’est dit, un territoire perdu est perdu, aucune compensation n’a de sens. Compenser une surface humide par une surface double, ça veut dire quoi? Qu’on va inonder des champs pour y faire revenir les grenouilles, qu’on va couper des bois pour rendre les terrains inondables ? Et ces terres là, on les compensera comment? Seront-elles valorisées ou dévalorisées?
    Cette histoire de compensation est une vaste supercherie inventée par ces messieurs du BTP , pour tenter de mieux nous faire avaler la pilule. Que sont devenus les visons d’Europe et les écrevisses à pattes blanches délogés pour la construction de l’A 65, autre projet destructeur dont l’inutilité et la non rentabilité annoncées par les assos se confirment de jour en jour ? Quid des autres espèces tant animales que végétales, discrètes mais bien présentes qui vivaient tranquilles sur ces territoires dévastés, bitumés, grillagés, imperméabilisés pour des décennies?

  5. [...] Grand Contournement de Bordeaux et NDDL: similitudes troublantes, pour une même issue ? Publié le 8 janvier 2013 dans Actualités des départements grand-contournement-de-bordeaux-et-nddl-similitudes-troublantes-pour-une-meme-issue [...]

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